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- Numismatique Coloniale -

Les anciennes monnaies françaises

et leur utilisation à Madagascar


 

J’ai eu la chance dans les débuts de ma vie active de travailler six années consécutives à Madagascar. Je pensais alors mettre entre parenthèse ma passion pour l’histoire des monnaies françaises, bien au contraire j’ai vécu ces six années au rythme de mes découvertes numismatiques, la plupart du temps très modestes, mais néanmoins fort passionnantes.

 

Madagascar est situé dans l’océan indien au large de la cote est de l’Afrique, en face du Mozambique.

Madagascar est devenue une colonie française en 1896, suite à la prise de l’île par les troupes du Général Gallieni.

L’administration coloniale mit en place très rapidement le système monétaire français dans toute l’île. Les billets français ne furent acceptés par la population locale qu’après bien des réticences et sous la pression d’une crise monétaire déclenchée par la thésaurisation des espèces métalliques pendant la première guerre mondiale.

Toutes les espèces métalliques françaises furent utilisées à Madagascar et même dans le cadre de l’Union Latine les monnaies belges, italiennes et grecques en argent jusqu’à la première guerre mondiale.

Les pièces de 5 francs argent appelées « piastres» étaient couramment coupées pour faire l’appoint faute de quantité suffisante de monnaies divisionnaires en argent. Les monnaies divisionnaires en argent d’ailleurs n’étaient pas appréciées par la population car leur titre était seulement de 835/1000 alors que le titre des « piastres » était de 900/1000.

De très grands stocks de « piastres » ont été thésaurisés à Madagascar, elles étaient conservées dans les tombeaux ou enterrés à côté des demeures autochtones.

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Ces monnaies ressortent de temps à autre encore de nos jours. Lorsque les malgaches ont une fin de mois difficile, en dehors de la saison de la récolte du riz par exemple, ils vont présenter leurs « piastres » chez les bijoutiers. Ces pièces de 5 francs en argent se retrouvent laminées et ensuite fondues pour la fabrication des bijoux ou les alliages avec l’or.

Pièce de 5 francs sortant du laminoir avant la fonte.

 

Pièces de 5 francs avant transformation, et quelques bijoux en argent.

 

Bel ensemble de pièces de 5 francs en argent montré par un bijoutier.

De nombreux démarcheurs font le tour des villages reculés et difficiles d’accès pour acheter les pièces en argent aux villageois et les revendre ensuite avec bénéfice chez les bijoutiers.

J’ai vu parfois arriver chez des bijoutiers de ma connaissance des lots de plusieurs milliers de pièces en argent. Les bijoutiers acceptaient parfois de revendre ces monnaies avant la transformation en bijoux, mais le prix de vente dans les années 80 étaient relativement cher : aux environs de 150 francs français la pièce (22,50 euros).

Je passais alors mon temps libre à trier chez mes amis bijoutiers les monnaies de Charles X, de Louis-Philippe, de la seconde et de la troisième république. Et parfois, mais cela n’arrivait pas souvent, je repérais une pièce rare. Je me rappelle d’ailleurs que lors d’une de mes visites à un bijoutier, il y avait dans son creuset quelques pièces de 5 francs prêtes à être fondues, après examen de la dizaine de monnaies à fondre, je retirai avec excitation une pièce au type « Camélinat » avec le différent au trident, monnaie rarissime frappée sous la Commune.

L’étal d’un vendeur sur le marché,

on remarque des monnaies françaises,

avec des plombs à pêche,

des bracelets en argent et des flasques de miel.

 

Ci-dessus, un autre étal avec des monnaies au centre, et tout autour des ingrédients pour la médecine traditionnelle.

Je ne me contentais pas que des visites aux bijoutiers. A Fianarantsoa, deuxième ville des hauts plateaux où je résidais, j’avais pris l’habitude de faire la tournée du marché hebdomadaire du vendredi (« zoma » en langue malgache) et de visiter les vendeurs de médecines traditionnelles, les vendeurs de graines et les vendeurs d’objets de récupération. Ils avaient quasiment tous dans de petites assiettes des monnaies divisionnaires de la période 1860 à 1945 que je partais trier chaque vendredi, avec l’espoir de trouver un jour une rareté.

Mon ami Rakoto, vendeur de graines,

me présentant les monnaies qu’il avait achetées dans quelques villages pour les revendre au marché du « Zoma ».

 

Ci-dessus, une vue de l’étal de graines de Rakoto,

avec au centre son assiette avec les monnaies.

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Les monnaies en argent ainsi que toutes les autres monnaies françaises avaient d’autres intérêts pour les malgaches. En discutant souvent avec les vendeurs, j’ai pu faire un petit inventaire très incomplet des différentes utilisations des monnaies françaises.

Les pièces de 5 francs en argent

- En cas de « douleurs dans son corps », le malgache prend une pièce en argent et la met dans une assiette remplie d’eau. Après une demi-journée, il boit l’eau de l’assiette, et la douleur avec certitude s’estompera peu à peu.

- En cas de « coup dur » dans sa vie, le malgache prend une pièce en argent et la met dans une assiette remplie d’eau. Après une journée, il répand l’eau de l’assiette sur tout son corps, et il verra ainsi son destin s’améliorer.

- Si dans un village, plusieurs personnes sont soupçonnées d’être des malfaiteurs (vol de vaisselles, de volailles, de bétail, etc…), ils subissent la cérémonie du « tangena ». On met une pièce en argent dans une cuvette d’eau, et après une demi-heure, on fait boire à tour de rôle les gens soupçonnés. Seul le coupable refusera alors de boire cette eau et sera donc découvert, car dans la tradition, si un coupable boit ce breuvage, il sera quasi certain de perdre la vie : le breuvage se transformant pour lui seul en un mortel poison.

Un étal d’objets de récupération : bouchons de bouteilles, couvercles de boites, clous, clefs pour boite à sardines, et bien sûr au milieu de tout ce bric-à-brac quelques monnaies dans un couvercle…

 

Un autre étal comportant des monnaies et des ingrédients pour la médecine traditionnelle.

Les autres monnaies françaises

- On utilise les pièces de 5 et 10 centimes Napoléon, Cérès et Dupuis contre les fantômes de la nuit. Le malgache garde toujours une pièce sur lui, ainsi la nuit dans son lit ou sur la route le soir en rentrant de la rizière, il ne sera pas importuné ni inquiété par les fantômes.

- On utilise les pièces « à trou » de 5 centimes, 10 centimes et 25 centimes si on veut que la chance et la prospérité rejaillisse sur toute une maisonnée, pour cela on cloue sur la porte d’entrée une ou plusieurs de ce monnaies.

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Sur mes six années passées à Madagascar, j’ai quand même réussi à trouver quelques monnaies intéressantes, notamment une superbe et très rare 5 centimes 1921 au type Dupuis.

5 centimes 1921

A noter qu’il y a quelques années, dans la revue Numismatique & Change s’était posée la question de savoir où avait été utilisées les monnaies au type Dupuis de l’année 1921 (5 centimes et 10 centimes), je peux y répondre sans crainte de me tromper.

Devant le manque de monnaies divisionnaires à Madagascar, je suis certain que la plus grande partie de la frappe de 1921 a été livrée au gouvernement général de Madagascar. En effet, j’ai quand même trouvé trois pièces de 5 centimes 1921 au marché de Fianarantsoa et vu quelques centaines de pièces de 10 centimes de cette même année.

Une autre monnaie m’a toujours intrigué, j’ai constaté que de nombreuses pièces de 1 centime au type Cérès de l’année 1896 étaient surfrappées C.A., mais en fait je n’ai jamais trouvé réellement de réponse à cette énigme, pourquoi cette contremarque ? L’année 1896 étant l’année de la prise de la conquête de Madagascar, peut-être que ces monnaies de faible valeur jouaient un rôle quelconque dans l’intendance militaire locale si on suppose que C.A. = Corps d’Armée… Mais ceci n’est qu’une pure spéculation de ma part.

Pièce de 1 centimes 1896
surfrappée C.A.

Si vous avez la chance un jour de pouvoir prendre quelques vacances sur cette belle île de Madagascar, à la population si accueillante, n’hésitez pas à vous arrêter sur un marché le jour du « Zoma »….

 

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