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- Documents de Savoie -
Les évènements de 1848 à CHAMBERY

- Journal de Jean-Baptiste Vernaz
avocat au Sénat de Savoie -


- 11 -
du 1 avril au 3 avril


Samedi 1 avril

A huit heures du matin la garde nationale est rassemblée au Verney. On attend assez longtemps le Gouverneur qui enfin arrive et la passe en revue. On crie assez généralement Vive le Roi ; mais on ne prend aucune décision. Dans ce même moment on chargeait les malles du Gouverneur et vers midi on apprend que le Gouverneur, l’Intendant général et le Commandant sont partis. L’indignation contre eux est générale. On affiche en effet une proclamation du Gouverneur par laquelle il annonce son départ et fait ses adieux. Cet homme a été trompé. Je le plains, car il paraissait bon et affable ; mais il est sans courage civil. On dit qu’après la manifestation d’hier des individus sont allés chez lui, et l’ont effrayé en lui disant qu’il ne devait compter sur personne, que la manifestation d’hier était une frime. Il a été épouvanté. Lacoste est accusé de ce fait.

L’agitation de la ville est extrême. Hier au conseil de ville on avait décidé d’envoyer une députation aux ouvriers. Cette députation se composait de Blard, Héritier, Vuagnat, Filliard et Jeandet. Elle est partie dans la nuit. Elle a été de retour vers les quatre heures après midi. Elle dit avoir rencontré les ouvriers à Belley et avoir convenu avec eux qu’ils y séjourneraient un jour, et qu’ils n’arriveraient que lundi prochain au soir, ou mardi matin, sous la condition que les frais de séjour seront payés par la ville de Chambéry. La députation jette toujours plus l’alarme dans la ville en disant que les ouvriers sont au nombre de plus de deux mille, et qu’ils sont décidés à proclamer la République.

On annonce cependant dans la ville que des troupes arrivent en Maurienne et se dirigent sur Chambéry ; mais ces bruits sont bientôt démentis et combattus par d’autres que l’on répand que des troupes françaises arrivent sur la frontière. Deux soldats du 13ème régiment de ligne français passent vers onze heures à Chambéry, aussitôt le bruit se répand que les troupes françaises viennent occuper la Savoie. Il n’en était rien, car je parlais à ces soldats, qui me dirent être venus à Chambéry induits parla même erreur qu’ils occasionnaient, c'est-à-dire croyant y trouver un régiment de dragons dans lequel ils avaient des amis.

Cependant Chevalley Nadin et plusieurs autres étourdis partent pour Chapareillan.

Le Gouverneur avant de partir avait envoyé l’ordre de réunir les communes au son du tocsin. Ce qui fut fait. Ainsi vers les trois heures après midi on voit arriver plusieurs personnes de Montmeillan accourant en toute hâte et armées, croyant que l’on se battait. Ils étaient suivis par les Pompiers et une grande partie de la population de Montmeillan. On expédie de suite à leur rencontre trois personnes qui les rejoignent à la Trousse et leur font rebrousser chemin, sauf à faire une halte à Montmeillan aux frais de la ville de Chambéry.

Toutes les autres communes s’étaient également réunies pour marcher à Chambéry. On envoie partout des contre ordres, cependant les habitants d’Arbin ont voulu arriver malgré tout jusqu’à Chambéry. Ils étaient au nombre d’environ quatre vingt armés de fusils, de tridents, de faux et quelques uns d’énormes bâtons. Avec un tambour en tête ils ont parcouru la ville. Je sais que De Martinel est allé aussi du côté d’Aix, pour ameuter les populations environnantes et celles de la Chautagne.

En effet deux parties se dessinent clairement dans la ville, parmi les gens bien intentionnés. Celui de la résistance, et celui du laissé faire. Les nobles et les jeunes gens ardents sont en général du premier ; mais les autres je crois sont plus nombreux. Ils l’emporteront certainement parce qu’il n’y a plus d’autorité et que le conseil de ville est irrésolu.

Il faut savoir que le conseil de ville à la vue des évènements s’était adjoint tous les capitaines et lieutenants de la garde nationale, et que ces messieurs avaient à l’unanimité sauf un, dit soit au Gouverneur, soit à la ville, que l’on ne pouvait pas compter que la garde ferait feu, qu’elle défendait la propriété, mais non la question politique. On avait été plusieurs fois sur le point de nommer pendant la journée un gouvernement provisoire, c’était même l’avis de la majorité du conseil, qui voulait à tout prix se débarrasser du poids de la situation. Tout cela jetait vraiment la désolation dans la ville.

Dimanche 2 avril

L’agitation augmente encore. A neuf heures on convoque de nouveau la garde nationale. L’Intendant et le Commandant sont revenus et viennent la passer en revue; mais ils paraissent inquiets. Au reste il y a irritation contre eux. Dubourget capitaine de la 8ème compagnie ne leur fait pas présenter les armes.

Après leur départ on dit que l’on va consulter les compagnies sur ce qu’elles veulent faire. Les clubs s’assemblent pour délibérer; mais les gardes nationaux veulent aussi être appelés à donner leur avis. On entend des cris séditieux partir de plusieurs points, et des conversations très animées dans les rangs. Enfin on fait faire le rond aux compagnies et le chef vient nous dire qu’il a été décidé que l’on réunirait la garde nationale lors de l’arrivée des ouvriers, qu’elle resterait l’arme au bras, qu’elle laisserait faire la proclamation de la République, en protestant simplement par son silence, et qu’elle ne s’opposerait qu’aux désordres dans la cas où on voudrait en commettre.

Il fut alors demandé notamment dans notre compagnie quelle serait la conduite à tenir dans la cas où on voudrait désarmer la garde, et il fut résolu sans réclamation que l’on croiserait baïonnette, et que l’on arriverait les armes chargées.

Sur ce, on s’est retiré peu content en général.

J’ai appris à cette revue que Chevalley, Nadin et quelques autres étaient partis pour aller rejoindre les ouvriers.

On nous dit aussi que l’on avait envoyé deux nouvelles députations aux ouvriers, et que la seconde composée de Mrs Millet, Saint-Alban, Bonne et Héritier est chargée d’amener les chefs à Chambéry en laissant la première en otage. Toute la journée se passe dans la plus grande agitation.

Vers dix heures le bruit se répand que les ouvriers vont arriver de suite ; mais il n’en est rien.

Vers quatre heures de l’après-midi on voit arriver les pompiers et une partie de la population de Montmeillan qui viennent comme la veille au secours de notre ville. La musique de Chambéry les précède. Ils font le tour de la ville. Les populations de Saint Alban et de plusieurs autres communes arrivent aussi amenées de toutes manières. Gillet est en tête de la première. On apprend que tout le pays est en émoi, et que la veille le tocsin avait réuni toutes les populations de la Maurienne.

On a logé les pompiers et les habitants de Montmeillan partie dans la caserne partie dans le manège. Ils chantent et crient Vive le Roi, A bas la République et autres.

Vers quatre heures de l’après-midi je rencontrais mon cousin Joseph Vernaz qui était avec Sallière d’Albiez et deux autres jeunes gens. Désirant parler à Sallière je les engageais à prendre de la bière au grand café. Nous y fumes tous, et je ne fus pas peu surpris quand j’entendis appeler du nom de Burnet un des jeunes gens qui était à côté de moi, et que l’on m’apprit qu’il était le fils du chef de la bande des ouvriers. Nous parlâmes beaucoup de leur projet. Il ne me dit rien d’extraordinaire, sauf que Sallière et lui me répétèrent les fables que l’on répandait sur le courage et l’adresse de la compagnie des Voraces, et sur ce qu’il arriverait des 10, 15 mille ouvriers si on recevait mal les premiers. J’ai cru cependant remarquer un peu de frayeur. En effet une quinzaine d’individus de Montmeillan étant venus boire et chanter à côté de nous, je crus voir le fils Burnet pâlir un peu. Je le quittais vers les six heures. Il me dit entre autres avoir vu Ducloz à Lyon.

Je sus également dans cet après-midi que Thorné était à Chambéry, et qu’il était le grand organisateur du mouvement.

L’Intendant et le Commandant sont repartis vers midi. On ne comprend pas une semblable conduite.

Tout le monde s’est retiré de bonne heure, et la nuit a été calme.

Vers les dix heures du soir on attendait sur la place de l’hôtel de ville la dernière députation. Elle est arrivée, et elle avait composé avec les ouvriers. Je me trouvais là et je vis Héritier. Je lui demandais ce qu’il en était. Il me répondit que les ouvriers étaient au nombre de 2500 déterminés à se battre et à se faire écharper plutôt que de céder. On dit que l’on avait obtenu d’eux que l’on constituerait un gouvernement provisoire et que la nation serait appelée à choisir le gouvernement qui lui conviendra et même à rester sous l’ancien.

Vers onze heures le chef de la compagnie des Voraces et un autre sont arrivés à l’hôtel de ville et ont protesté de leurs bonnes intentions ; et on les a festoyé, ensuite ils sont repartis.

Lundi 3 avril

De grand matin on annonce que les ouvriers vont arriver, et qu’il a été résolu par le conseil de ville que l’on ne ferait aucune résistance, que la garde nationale ne serait pas même convoquée. Les postes reçoivent l’ordre de rendre leurs armes.

On dit que les ouvriers ont passé du Bourget où ils ont couché à la Motte. On ne connaît pas même à huit heures leur nombre et leur état.

Enfin vers neuf heures et demi ils débouchent par Mache. L’avant-garde est composée par la compagnie dite des Voraces de Lyon, avec un drapeau en tête, conduite par Burnet. Elle se rend directement par les boulevards au faubourg de Montmeillan. Elle était assez bien armée, mais composée de gens ayant mauvaise tournure. Elle avait un drapeau portant compagnie des frères Voraces.

Ensuite vient le corps de l’armée conduit par les père et fils Guillerme. Il se compose d’un ramassis de gens de la dernière classe, et de toute espèce, la moitié éreintée, déguenillée, au nombre de mille à douze cents. Ils font une longue halte dans la rue du collège et ils commencent par renverser l’enseigne de la douane. Le corps se rend ensuite aux casernes d’infanterie, et les chefs avec un détachement se rendent à l’hôtel de ville. Le père Guillerme à cheval au milieu de la place se met à crier, Vive la République, son cri reste seul. Il en parait déconcerté. Peyssard monte et arbore le drapeau tricolore français en annonçant la République et toujours même silence de la part des habitants. Pallatin est le seul qui se réunit de suite aux arrivants. Dupasquier le marchand et Soupiot tâchent en vain de faire des prosélytes.

Pendant ce temps les postes étaient remplacés. Les postes de l’hôtel de ville et de la place Saint Léger ont remis leurs armes. Ceux des prisons ont refusé de les remettre et les pompiers qui étaient au Château s’en sont allés avant qu’on ne vint les remplacer.

Peyssard est d’abord allé annoncer au conseil de ville réuni qu’ils venaient de prendre possession du gouvernement, et que son commandement allait arriver. Quelques instants après il est revenu lui-même dire que le conseil était dissous, et sur ce ces messieurs de la ville se sont retirés tous penauds.

Mais on a vu de suite que cette farce ne pouvait pas durer, et les chefs ont du comprendre qu’ils s’étaient fourvoyés. Cependant ils ont payé assez d’audace.

Tout le monde était indigné de voir comment on avait été trompé sur le genre et le nombre des prétendus républicains. Ils avaient peut-être plus inspiré de dégoût que d’aversion, et on pouvait prévoir qu’à la moindre rixe, ils seraient chargés.

Peyssard s’est intitulé maire provisoire. Un des premiers actes des arrivants a été d’aller brûler tous les papiers des carabiniers, et de brûler tout ce qu’ils ont trouvé dans la caserne de ceux-ci. Le feu était tellement grand que l’on a craint pour les maisons voisines, et que l’on a été obligé d’aller demander un ordre à Peyssard pour le faire arrêter. Pajean qui était fournisseur des carabiniers a voulu s’y opposer, il s’adressa même violemment à Guillerme. Celui-ci le menaça de le faire fusiller de suite.

Peyssard fait des proclamations entre autres une qui est menaçante. Les principaux individus qui se sont présentés sur le balcon de l’hôtel de ville avec Peyssard, sont Molin, Cadet, Pricaz, Pallatin.

A midi on affiche 40 noms de personnes qui sont invitées à se rendre à l’hôtel de ville. Tous ces noms étaient vraiment ridicules, sauf quelques-uns que l’on avait parsemé comme de la muscade. Il y avait des personnes qui pensaient qu’on ne devait pas se rendre à l’invitation, d’autres pensaient que c’était un devoir de ne pas abandonner la ville. Ce dernier avis a prévalu. Il m’a semblé être celui des peureux.

Les personnes invitées ont nommé un Comité provisoire d’ordre et d’administration, en déclarant formellement ne vouloir prendre aucune part à la question politique. Il y a même eu une altercation à cet égard entre Dubourget et le capitaine des Voraces.

Ce dernier pendant qu’on délibérait se promenait dans la salle avec trois pistolets à la ceinture et traînant un grand sabre.

Les décisions prises sont rapportées dans le Courrier des Alpes du 6.

L’irritation de la ville augmentait toujours. Elle était excitée encore par la conduite des prétendus voraces qui parcouraient la ville en brandissant leurs armes et en voulant faire crier de force Vive la République.

Plusieurs personnes ont eu le pistolet sur la gorge, et quelques-unes ont cependant refusé de crier. Je rencontrais vers midi deux paysans qui rentraient chez eux, et j’entendis l’un d’eux dire à l’autre avec une grande bonhomie : crois-tu que cela puisse durer longtemps ?

Le soir on a battu une espèce de retraite qui a encore irrité davantage la population. Les ouvriers surtout étaient dans un état de colère incroyable. Les pompiers surtout.

Le faubourg Maché sur lequel les républicains avaient compté était au contraire le plus irrité, et voulait déjà se battre le même soir, et pendant la nuit lorsque les patrouilles de ces malheureux se sont présentées à l’entrée du faubourg, on leur a intimé l’ordre de ne pas passer, et les habitants ont fait eux-mêmes la ronde toute la nuit.

Dans la soirée il y a déjà eu de nombreuses altercations entre les habitants et les prétendus républicains.

 


(début du texte)
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(fin du texte)


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