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- Documents de Savoie -
Les évènements de 1848 à CHAMBERY

- Journal de Jean-Baptiste Vernaz
avocat au Sénat de Savoie -


- 2 -
du 5 au 7 mars 1848


Dimanche 5 mars

Déjà le soir du 4, le courrier de Turin avait apporté la nouvelle que les Jésuites étaient expulsés de cette ville. Cette nouvelle fut portée de suite par un jeune homme au café constitutionnel. J’étais me promenant sous les portiques. Aussitôt j’entendis un hourra d’applaudissement et ensuite un banc régulier.

Aujourd’hui dimanche je suis sorti vers les huit heures du matin. J’ai appris que les Jésuites étaient chassés de Chambéry, qu’ils avaient reçu l’ordre de partir de suite et de quitter les Etats. C’est le médecin Chevalley qui le premier leur a apporté la nouvelle. Ils lui ont répondu qu’ils s’y attendaient.

Ils ont immédiatement congédié les élèves. Tous les pensionnaires sont sortis de suite. Ils ont d’abord été épouvantés ; mais il parait qu’ils se sont bientôt remis, car le soir on en a vu un grand nombre au bal paré masqué. Ce n’était pas très édifiant.

Dans l’après-midi on a mis les scellés sur diverses chambres dans lesquelles on a enfermé les meubles appartenant à l’économat royal.

On parle beaucoup d’un complot de réactionnaires dans lequel les Jésuites auraient joué un grand rôle. Il se serait agi de faire faire une irruption subite par les Autrichiens en Piémont et de réprimer par ce moyen les tendances libérales de ce pays en y rétablissant l’ancien ordre de choses. On parle même de l’anéantissement du royaume dont une partie serait restée aux Autrichiens, et l’autre soit la Savoie, aurait été donnée à la France. Le Gouvernement français, ministère Guizot, aurait trempé dans le complot. Ce complot aurait été découvert par une dépêche expédiée de Vienne à Mr Guizot, qui serait arrivée à Mr Lamartine après la chute de Louis Philippe. Paulluci ancien Gouverneur de Gênes serait un des chefs de ce complot. On parle d’un mandat d’amener décerné contre lui.

On dit aussi que l’on a saisi des papiers très compromettants chez les Jésuites à Gênes et à Turin.

Aujourd’hui à midi une députation de chefs ouvriers s’est présentée à l’hôtel de ville accompagnée par Mr Parent fils, Crépine et Auguste Venaz avocats. Ils ont dit que les ouvriers manquaient d’ouvrages et ils en ont demandé. Funeste démarche suscitée par un esprit brasseur. Je ne veux pas le qualifier autrement.

Cette démarche a été généralement désapprouvée comme cherchant à soulever les ouvriers, et à détruire la confiance. Sans sécurité et sans confiance dans l’avenir pas d’ouvrages pour les ouvriers.

Le conseil de ville a cependant nommé une commission pour s’entendre avec les principaux chefs ouvriers de tout genre, aux fins de discuter les besoins et les moyens d’y subvenir.

La ville est au reste tranquille, la noblesse seule est tremblante, et se montre peu. On parle vers le soir de l’expulsion des dames du Sacré-Cœur comme affiliées aux Jésuites.

Lundi 6 mars

L’expulsion des Jésuites s’achève, ils partent en grand nombre. Ils vendent les denrées qui leur restaient. Je suis allé voir vers les deux heures de l’après-midi l’Etablissement qui semblait avoir été pillé, tant on avait été obligé d’évacuer brusquement. Les Syndics, l’Avocat général, le chanoine Girard y étaient. On continuait à mettre les scellés. Les cours étaient pleines de gamins qui s’y amusaient.

Dans l’intérieur il y avait quelques curieux. A la porte de la rue il y avait une foule d’environ 150 personnes, des soldats sans armes empêchaient d’entrer les personnes qui n’avaient pas l’air d’y avoir des affaires. Les gamins étaient parvenus dans les cours en passant du côté de Verney.

Ce spectacle de dévastation m’a attristé. On voyait un grand nombre de Jésuites, les jeunes surtout, comiquement habillés en laïcs. Ils avaient généralement des pantalons trop longs, et qui faisaient un rang de bourrelets très gracieux au-dessus du soulier.

J’y suis resté peu de temps. J’ignore si l’on a cherché à saisir des papiers, et si l’on en a saisi. Je ne le crois pas, car on est venu mettre les scellés que longtemps après leur avoir donné l’ordre de quitter les Etats.

J’ai désapprouvé de toutes mes forces la conduite de toutes les autorités dans cette affaire. Elles ont agi brutalement vis-à-vis des Jésuites. Quelques fussent les torts de ceux-ci, on pouvait agir avec calme et modération. On a suspendu les cours du collège, et renvoyé tous les pensionnaires. Grave faute et grande perte pour la ville, et graves inconvénients pour les parents et les écoliers. Etait-il impossible de constituer de suite une administration au moins provisoire pour le pensionnat et des professeurs pour les classes, et attendre la décision des parents des pensionnaires ?

On n’avait rien à craindre de la population. Quelques individus avaient cherché le premier jour à faire faire un charivari ; mais ils en ont été dissuadés de suite, et tout s’est passé tranquillement. Cette idée de charivari partait m’a-t-on dit du café constitutionnel. C’est le café de la jeunesse.

La journée a été triste. Quelques rares masques très insignifiants. Les gens qui s’amusent ne me connaissent plus. Je suis marié depuis huit ans.

Dimanche soir au café Pache il y avait eu une querelle suivie de voies de fait entre Bébert notaire et Francisque Delachenal. Le lendemain les carabiniers sont venus demander ce qui s’était passé et les noms des personnes. On leur a répondu évasivement, en disant que l’on n’avait pas connu les individus. Ils sont revenus deux fois pour avoir de plus amples renseignements auprès de Mme Pache ; mais celle-ci ne s’y étant jamais trouvée, ils ont fini par ne pas revenir.

Mardi 7 mars

Aujourd’hui mardi gras Louis Guillaud est venu à 7 heures du matin me chercher pour me mener à Drumettaz. J’étais encore couché. Je suis allé de suite prendre les nouvelles au café, et nous sommes partis vers les neuf heures. La journée a été très belle. J’ai donné les ordres nécessaires pour la réparation du désastre causé à ma grange des Mallods par le vent. Nous avons dîné paisiblement et très bien.

La campagne faisait oublier à Louis la politique. Je n’ai pas pu parfaitement chasser mes préoccupations sur les évènements futurs. J’en plaisante quelquefois ; mais j’en reste toujours inquiet.

Les paysans parlent beaucoup de l’affaire des Jésuites et des Autrichiens. Ils connaissent l’histoire du complot. Ils l’amplifient même. Leur dévouement aux prêtres en recevra un grand échec.

J’ai vu à Drumettaz un paysan d’environ 70 ans, Philibert Quay, dit Sandre, qui m’a demandé s’il était vrai que les Autrichiens seraient à Chambéry le 20 du courant, en me disant que s’ils devaient venir, il voudrait bien mourir avant de les voir. Je ne croyais pas la haine des Autrichiens aussi grande dans les campagnes.

Nous sommes revenus à Chambéry vers les six heures. J’ai traversé la place Saint Léger. J’ai vu assez de monde mais peu de bruit et d’entraînement. Quelques masques.

Je suis encore sorti à huit heures. Je suis allé au café de l’Union nationale. J’y ai pris un verre de bière avec Mrs d’Aviernoz et Granthorau. J’ai beaucoup parlé avec le premier. Il croit au complot attribué aux Jésuites. Il ne croit pas cependant que ceux de Chambéry y aient pris part. Il m’a dit avoir vu Mr Léon da Costa qui arrive de paris, et qui lui a dit qu’il régnait une grande anxiété en France.

Je suis sorti pour promener avec Besson avocat, le monde diminuait dans les rues.

A dix heures je suis rentré au café. J’y ai vu Berthier avocat faisant de grandes paroles sur l’avenir d’Aix par suite des derniers évènements politiques. La discussion a passé ensuite sur les jeux. De Megève aîné qui se trouvait là le défendait. On a ensuite parlé guerre et moyen de la faire. Guillemin fils blâmait le mode adopté chez nous dans la cavalerie de mettre à la charge des officiers l’achat de leurs chevaux, ce qui ne donne accès qu’aux gens riches et exclut l’avancement des sous-officiers. De Megève défend cette mesure et dit que dans la conspiration de 1843 toutes les différentes armes avaient eu des sous-officiers compromis sauf la cavalerie. Au reste il dit que la cavalerie est peu de chose chez nous, qu’il n’y a pas 3000 chevaux en état de service.

Je suis rentré à onze heures. Tout était déjà calme.

 


(début du texte)
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(fin du texte)


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