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- Documents de Savoie -
Le 19 avril 1840 la ville de SALLANCHES
était totalement dévastée par un incendie

- Récit original de Jacques PISSARD
armurier à Sallanches -


- 3 -
L’incendie

Tout à coup un cri d’alarme se fait entendre ; une agitation générale se manifeste dans une population tout à l’heure si paisible et si calme ; le tocsin sonne à coups redoublés ; l’effroi s’empare des esprits ; un vent furieux passe sur la ville en mugissant : chacun est transi et porte en soi le pressentiment de malheurs inconnus. Le feu venait d’éclater à la maison d’un perruquier située au nord de la ville, au coin du pont Saint-Eloi.

Aussitôt la foule se précipite de ce côté avec les pompes et toutes sortes de vases propres à puiser et à jeter de l’eau. Le foyer est investi, les toits du voisinage sont abattus ; des gardes placées sur les maisons surveillent les étincelles, afin de les éteindre.

L’incendie devait être vaincu : personne n’en doutait. Illusion cruelle ! Tout effort devient inutile, toute précaution est vaine ; un destin fatal semble planer sur la malheureuse Sallanches.

Ranimé par le vent du nord, le feu résiste aux masses d’eau sous lesquelles on essaie de l’étouffer ; il fléchit, il se retire, il se cache, il reparaît, il grandit, il s’irrite, il s’étend à droite et à gauche et lance dans les airs des débris ardents, qui, retombant sur des toitures de sapins, les embrasent dans vingt endroits à la fois. Déjà les flammes se dressent victorieuses au-dessus de l’Hôtel de Belle-Vue ; déjà, dans plusieurs rues, elles dardent leurs traits brûlants. Que faire ?

O infortunés habitants ! Ils sont frappés de stupeur, ils demeurent immobiles, muets, ils tremblent de tout leur corps, ils courent sans savoir où ils vont. Cependant d’intrépides ouvriers s’obstinent à la lutte, ils ne cèdent le terrain que pas à pas, il défendent avec un courage héroïque les points envahis ; mais la flamme ennemie les attaque, les poursuit, les aveugles, leur dévore les vêtements et la peau. En les chassant, elle leur fait abandonner les pompes qu’elle a bientôt consumées. Dès lors, n’ayant plus d’adversaire à combattre, elle va se promener en souveraine sur toute l’étendue de la cité ! Grand Dieu ! Quel spectacle affreux et déchirant ! Il y a quarante minutes environ que le combat est engagé, et le terrible élément est vainqueur : aucune puissance humaine ne peut l’arrêter. Plus de ressource. Le cri du désespoir Tout est perdu sort en même temps de mille bouches. Le danger est pressant, il faut fuir, il faut se hâter. Chacun court chez soi, fait le tour de sa maison, vient sur la porte, rentre et ne sait plus sortir. Tant il en coûte de quitter le foyer de ses pères, et le berceau de son enfance !... Alors ceux qui se possédaient le mieux, les prêtres, les carabiniers royaux crient à tous : sauvez-vous, c’en est fait ! Vous êtes perdus si vous attendez encore.

En effet le feu se communiquait d’une maison à l’autre avec la rapidité de la foudre et le bruit de la tempête. Quel moment ! Les toits craquent et se brisent, les hommes gémissent, les femmes pleurent, les enfants sanglotent, les animaux poussent des hurlements horribles, les oiseaux de basse-cour cherchent à s’envoler, mais l’air qui est de feu, brûlant leurs ailes, ils tombent morts, avertissant leurs maîtres du sort qui leur est réservé, s’ils ne s’échappent aussitôt. La désolation est à son comble. On se décide enfin à se sauver. L’émigration générale a lieu. O scène désolante ! Scène de larmes et de tendresse. La mère s’enfuit précipitamment avec son nouveau-né dans les bras, le fils charge son vieux père sur ses épaules, (ce fils est Mr Gavard, notaire, qui, après avoir sauvé son père, voulut retourner prendre sa mère, mais ce fut trop tard). La fille soutient les membres chancelants de sa mère, l’ami emmène son ami, le voisin conduit son voisin. Ici l’aveugle tend son bâton à un enfant qui lui sert d’ange conducteur ; là, des jeunes gens emportent sur leur couche le convalescent et le moribond.


L'incendie de Sallanches le 19 avril 1840

Au milieu de cette fuite désordonnée, de cette confusion, de toutes les douleurs, un ordre s’organise parmi des individus qui en étaient le moins capables. Dans un quartier de la ville peu salubre se trouvaient un certain nombre d’idiots. Leurs parents ne les oubliaient pas, car ils étaient le fruit de leurs entrailles. Mais deux de ces innocents avaient prévenu la sollicitude paternelle. Ils cherchèrent et réunirent leurs frères de crétinisme, et lorsqu’ils furent une trentaine, ces chefs improvisés en tête, commandant de la main, ils sortirent en compagnie et allèrent camper à une demie lieue, sur la route de Magland. Attiré par la grande combustion, le vent tournoie impétueux. Tantôt il porte les flammes à la hauteur des montagnes voisines, tantôt il les abat comme un pavillon sur la cité. Les courants lui font changer à chaque instant de direction. On eût dit que tous les vents venaient à leur tour souffler sur l’incendie, pour le rendre plus inextinguible et meurtrier. Jusqu’à ce moment, le feu, quoique disséminé de tous côtés, ne formait pas encore un brasier uniforme. Dans une heure et quart il a enveloppé la ville. Des torrents de flammes circulaient à l’entour, ainsi que dans les rues qui en étaient pleines, depuis le comble des maisons jusqu’au pavé. Et la ville n’était pas complètement évacuée. Des gémissements s’exhalaient du sein de cette prison infernale.

Impossible de porter du secours sans s’exposer à périr. N’importe : pour un fils qu’est-ce que sa vie auprès de celle de son père ? Pour une mère qu’est-ce que sa vie auprès de celle de son enfant ? Le sentiment de l’amour a plus de force que la pensée de la mort. Et lorsque la religion divinise ce sentiment de la nature, mourir pour sauver ceux que l’on aime, mourir avec ceux que l’on veut sauver, c’est une gloire, c’est un bonheur immortel. Ainsi l’on vit à Sallanches des mères, des époux, des fils, des amis, se jeter à travers les flammes, pour soustraire à leur fureur des personnes qui leur appartenaient ou qui leur étaient chères. Nous nommerons le brave Mouthon, déjà connu par des actes de dévouement peu ordinaires, et qui, dans cette journée de destruction, s’est montré véritablement sauveur. Plus de trente personnes lui doivent la vie, entre autres un pauvre infirme qui était son voisin. Ses vêtements en lambeaux, son visage déchiré, ses mains brûlées sont une preuve de son courage et des dangers auxquels il s’est exposé. Il ne fut pas le seul qui risqua sa vie pour celle de ses frères. Mais parmi ceux qui se conduisirent avec la même générosité, quelques-uns, tel qu’un nommé Delacquis, eurent aussi le bonheur d’arracher des bras du fléau dévastateur plusieurs victimes qui étaient sur le point d’expirer dans d’affreuses souffrances. D’autres, moins heureux, ne trouvèrent pas ceux qu’ils cherchaient, n’échappèrent à la mort que tout mutilés, ou disparurent pour ne plus réapparaître sous les pans de mur qui croulaient, ou sous les lames de feu qui les asphyxiaient. Un spectacle, dont la pensée seule fait frissonner, fut celui que présentèrent les hommes qui les derniers parcoururent quelques parties de la cité détruite, et qui en sortirent tout enflammés. Leurs cheveux brûlaient, leur linge fumait. On les aurait pris pour de méchants génies, chargés de semer partout l’épouvante et le feu.

Aux scènes déchirantes que nous venons de raconter en succédèrent d’autres non moins affreuses. Infortuné peuple de Sallanches ! Le voilà maintenant chassé de sa demeure, le voilà spectateur de la catastrophe qui l’écrase ; il est épuisé de douleurs et de fatigues ; il erre dans les champs, demandant, pour pleurer ses maux, aux yeux des larmes qu’ils refusent ; aux poitrines des lamentations qu’elles n’ont plus la force de moduler. Il ne désespère pas pourtant : il est chrétien, il n’oublie pas son Dieu dans sa grande infortune ; il est soumis aux décrets terribles de sa justice qui le frappe ; il tombe à genoux, se tourne du côté de l’Eglise, qui est encore intacte, et, dans sa profonde douleur, il pousse vers le ciel de ferventes supplications. O adversité ! la maison qui appartenait à tous, la maison de la prière, qui semblait devoir leur rester pour les consoler de leurs immenses pertes, les trop malheureux Sallanchois ne tarderont pas à la voir atteinte par le terrible élément.

Placée sur une espèce de tertre à la distance de quelques mètres de toute habitation, on espérait qu’elle serait conservée. Les habitants de St Roch, ceux des communes environnantes, étaient tous là réunis avec un grand nombre des incendiés, pour la défendre, dans la supposition inattendue de son invasion. Après avoir mis en sûreté les registres de la paroisse et quelque peu de leur mobilier, le respectable pasteur et ses vicaires entrèrent dans l’église, s’agenouillèrent au pied des autels et récitèrent le psaume de la pénitence. Leur confiance était telle qu’ils s’opposaient au déplacement des garnitures et ornements qui pouvaient être transportés. Hélas ! L’anéantissement de l’infortunée Sallanches devait être complet. L’incendie excité par le redoublement de l’orage, s’élance sur le dôme comme un lion sur sa proie, l’enserre dans ses bras ardents, et se repliant sur lui-même, il pénètre dans la lanterne, d’où il plonge sur le beffroi, impatient d’immoler une grande victime qui soit digne de sa puissance. A cette vue, un cri perçant, un cri de détresse et de désolation retentit de toutes parts. " Ah ! S’écriait ce peuple affligé, Seigneur, ayez pitié de nous, prenez encore le peu que nous avons sauvé de nos richesses passées, mais laissez-nous notre Eglise, laissez-nous notre temple, ne nous abandonnez pas. " Ah ! Qui peut sonder les décrets de l’éternel ? Point encore de pitié : l’action du feu est si violente, si forte que les cloches en gémissent. Leurs sons plaintifs s’associent aux accents lamentables du peuple et paraissent demander du secours. Aucun secours n’est possible, l’eau est inabordable : il en faudrait des torrents, et encore ne suffiraient-ils pas. Une cloche tombe : redoublements de cris !... Le feu se glisse sous le toit de l’église. Alors on emporte les objets les plus précieux, un prêtre se tient en adoration devant le Saint Sacrement, attendant que les flammes viennent l’expulser. Bientôt elles parurent à l’orgue qui frémit dans ce moment, pour la dernière fois, sous leur touche pétillante. Plus d’espoir ! Le prêtre revêtu du surplis et de l’écharpe, prend dans ses mains l’ostensoir sacré qu’il va déposer sur l’autel érigé à la hâte au milieu de l’enclos des soeurs de Saint Joseph. Il était six heures L’incendie est dans toute sa force.

Il n’y a plus de ville, on n’aperçoit plus d’édifice ; c’est un immense bûcher qui porte ses traits jusqu’au ciel, une fournaise ardente qui bouillonne sourdement ; c’est une mer de flammes dont le flux et le reflux des vagues renverse et engloutit les bâtiments qui nagent dans son sein. On crut un moment que l’incendie était l’effet d’un volcan ; car, à la chute des cloches, la terre trembla, et du centre du foyer s’élançaient continuellement des tourbillons de cendres, de charbons ardents, qui s’élevaient à une hauteur prodigieuse, puis s’éparpillaient du côté du sud et de l’ouest, comme s’ils avaient mission d’embraser tout le pays. A deux lieues à la ronde on faisait la garde sur les maisons. Cette précaution n’était pas de trop. Des habitations ont été consumées à 300 mètres de distance, sous l’action d’une atmosphère ignée ; et des tisons furent portés au bourg de Megève, éloigné de deux lieues. On assure avoir trouvé des morceaux d’étoffe et de papier à la chapelle des Aravis, près de la Giettaz, distant au moins de cinq lieues de Sallanches. Mr l’Avocat Chenal, témoin oculaire, écrivait " par suite du vide qui s’était formé au-dessus de cette fournaise ardente, des éclats de bois volèrent dans les airs et ne parurent enflammés qu’après avoir gagné l’atmosphère à une hauteur qu’on peut porter à plus de 600 pieds ".

 


(début du texte)
1-  Au lecteur
2-  Prélude au drame
3-  L’incendie
4-  La première nuit des survivants
5-  Journée du 20 avril : découvertes macabres
6-  Les débuts de l’entraide
7-  Les secours s’organisent
8-  La nouvelle de la détresse des Sallanchois se répand
9-  Une mobilisation charitable
10-  Une lettre du Roi Charles-Albert
11-  Toute la Savoie se mobilise
12-  Mr Pelloux recueille des orphelins
13-  Une oeuvre de bienfaisance pour récolter des fonds
14-  La contribution des autres villes du Piémont
15-  La vertu de la charité
16-  Le projet de reconstruction
17-  Notice historique sur Sallanches
(fin du texte)


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